Il y a toujours une part qui reste mystérieuse, qui nous échappe lorsque l'on crée, ce que j’appelle l’accident.

 

Qui n’a pas de forme dans l’esprit mais qui se forme sur le papier au fur et à mesure.

 

C’est aussi un moyen de donner forme à des choses qui angoissent parce que dans la tête elles n’ont pas toujours  de mot, ni d’explications.

J’aime beaucoup les accidents car parfois l’on est surpris et l’on trouve des réponses à ce que l’on cherchait en ne faisant pas exprès.

Je me suis aperçue en prenant du recul sur mon travail et en le présentant lors de ma dernière exposition  que j'avais quelques affinités avec la calligraphie chinoise.

 

En effet, dans la calligraphie chinoise, avant de dessiner, il y a méditation avec une maitrise de la respiration. L’énergie qui est créée est ensuite projetée sur le pinceau. 

 

Pour créer une calligraphie qui est un produit de cet état d’absence d’esprit, il faut lâcher complètement le désir de produire quoi que ce soit. Cette liberté va puiser dans l’absence d’esprit et produire une calligraphie pure qui est le reflet du cœur de l’artiste.

 

C’est ce qu’ils appellent le trait unique ou l’unique trait de pinceau.

 

Il y a ce côté spontané, immédiat, sorte d'écriture automatique où l'inconscient parle et ce n'est que dans un deuxième temps que je reviens peaufiner mes dessins, mes peintures non dans le trait, mais dans  le choix de la ou des couleurs.

 

L'on retrouve ce trait unique.

 

Le peintre calligraphe chinois vise à retranscrire dans ses peintures non pas l’esthétique ou l’apparence d’un objet. Ce qui est important ce n’est pas que le résultat  soit beau car inerte mais ce qui est important c’est que l’on perçoive dans le résultat le mouvement de vie qui a traversé le peintre lui-même et celui qu’il fait rayonner dans le spectateur qui contemple de tableau.

Ils n’ont pas notre culture si familière à l’Occident de la représentation du corps humain nu précisément car le concept de beauté pure, celle que la raison grecque rêvait les a toujours laissé indiférents puisque inerte. 

C’est un peu ce que j’essaie de faire avec mes modèles et mes nus faire ressortir ce mouvement de vie, un mouvement d’énergie une intériorité, un caractère, plus qu’un simple esthétisme classique. 

 

Dans ma recherche picturale et graphique, ce qui m’intéressait aussi c’est de ne pas avoir un dessin bien délimité.

 

J’aime que lorsque que l’on regarde un tableau tout ne soit pas dit en une fois. J’aime qu’il y ait plusieurs dimensions, plusieurs couches. Comme une première apparence et plus on regarde le tableau plus on voit de choses et de détails que l’on n'avait pas forcément vus au début. Comme une personne réelle que l’on ne connait pas et plus on approfondit la relation, plus on découvre ses différentes facettes.

LE TRAIT UNIQUE

DISPONIBLE

© 2016AlexandraGuy