Alexandra Guy réalise plusieurs expositions, dont un deuxième prix du jury en 2017 à la galerie Thuillier à Paris. 

Son œuvre conjugue la pudeur du mystère des êtres et leur mouvement expressif. Ainsi, dans sa peinture Pesanteur, les corps sont striés par les rayures qui délimitent l’espace du réel. Les êtres sont-ils bridés, clivés, empêchés dans leur mouvement, enfermés dans la prison du réel ? Est-ce une vision désespérée dans laquelle des morceaux de conscience sont coupés et ne peuvent se relier ? Une vision schizophrénique d’un miroir éclaté en mille morceaux, des éclats dispersés de soi-même ? 

Non, car il y a le mouvement. Dans Futur, les êtres se déplacent entre, à travers et grâce aux rayures qui sont tels des baobabs servant d’échelles, de marchepieds, de ponts. Dans Un air de liberté, ils flottent en apesanteur liquide et glissent entre les pans de réalité. Dans Recul, l’être se projette dans le mur et s’infiltre entre deux pans de mur. Dreamsest un rêve coloré sans frontières de part et d’autre du rêve. Le rêve et les corps sont entrelacés. Se relever est une description du mouvement de rebond permanent et ludique sur les branches du réel.

Le mouvement est circulation, fluidité, transmutation des formes. Au fond, le message de l’art d’Alexandra est une vitalité joyeuse : quand les morceaux de nous-même sont reconnus comme tels, ils se relient mutuellement dans un ensemble mouvant, plastique, en formation/ déformation incessante. 

Et ce mouvement déborde de la toile et du papier. Sans crier gare, il est là, dans l’espace de la galerie, dans l’appartement de l’amateur d’art, dans son salon, et même il est entré dans son esprit. Le mouvement traverse tous les écrans de réalité. La réalité est elle-même mouvement.

Une jonglerie ludique permanente. 

 

L’art d’Alexandra est spécifique, une création de son être. Si nous voulons trouver des points de comparaison, il y aurait une parenté avec le « corps sans organes » du philosophe Gilles Deleuze, c’est-à-dire des formes en devenir incessant, sans aucune forme constituée, figée. Il serait possible au spectateur des tableaux d’Alexandra de jouir du même effet tonique éprouvé par le lecteur des œuvres de Deleuze dont le style de pensée exprime ce devenir, une pensée en rhizome.

 

                                                                               T.N.

                                                                               Philosophe Thérapeute

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